panth_re_airnessTrès intéressant le reportage de dimanche dernier dans "Capital"sur la marque de sport Airness. Celui qui a lu le livre Le point de bascule écrit par Malcom Gladwell, se rendra compte que Malamine Koné, le PDG d'Airness, ne fait pas exception à la règle de Gladwell et a notamment parié sur un élément décrit comme essentiel dans la réussite d'une affaire: le carnet d'adresses. Mais quel carnet! Lorsqu'on visionne le reportage, on a l'impression que n'importe qui pourrait monter une affaire comme Malamine l'a fait. Débarquer en France sans parler le français, s'associer avec un pote, dessiner une panthère sur un sweat, et aller voir un responsable de magasins pour décrocher un premier contrat de vente. Sauf que selon moi, chez Malamine, 3 choses ont été déterminantes:

- il a fait du droit
- il est ancien joueur de boxe
- il est malien

C'est la conjugaison de ces 3 atouts qui a permis à Malamine et à Airness d'atteindre ce "tipping point", ce point de bascule permettant de faire la différence.
En effet, ayant fait du droit, sans l'aide d'un juriste, il a pu s'enquérir de la définition du mot "équipementier" et se rendre compte en épluchant des contrats d'exclusivité que si des joueurs comme Djibril Cissé ou Steve Marley ont des contrats qui les lient avec d'autres marques, ceux-ci ne sont valables que sur les terrains d'entrainement et durant les compétitions officielles. Alors que Nike avait déjà fait la moitié du travail en introduisant les chaussures et vêtements de sport dans le monde non sportif, Airness n'avait plus qu'à signer des contrats d'exclusivité permettant aux joueurs de mettre les vêtements Airness en dehors des terrains officiels, en faisant attention à utiliser à bon escient le mot "équipementier". Bref, ça sert de faire du droit.
Par ailleurs, ayant fait de la boxe de haut niveau, notre jeune entrepreneur, à la différence d'un quidam comme moi, s'est doté d'un carnet d'adresses bien fourni, qu'il a su conserver précieusement malgré l'interruption prématurée de sa carrière dans la boxe pour cause d'accident. Ainsi, il lui est plus aisé que quiconque, moi en l'occurrence, de faire appel à d'anciens collègues du milieu du sport dont la renommée servirait à Airness. Bref, ça sert de faire de la boxe.
exclusivit__airnessEnfin, étant malien, j'ose penser que c'est pour lui un avantage à saisir pour jouer auprès des sportifs noirs de haut niveau de l'effet "ancien pote de galère". On comprendra tout à fait Sylvain Wiltord lorsqu'il déclarera que ça lui fait chaud au coeur de pouvoir aider à monter une marque dirigée par "un jeune malien"; le lien est vite fait avec "un des potes avec lesquels je jouais au foot dans les rues étant gosse". Donc un carnet d'adresses certes, mais pas n'importe lequel. Bref ça sert d'être malien.

Je pense que tout entrepreneur devrait, même si ce n'est pas facile, analyser ses spécificités et les traduire en fonction du terrain en éléments permettant d'atteindre ce seuil, ce "tipping point" défini par Gladwell à partir duquel la gloire ne peut n'être qu'au rendez-vous.