Telle est la question qui constitue le titre du dernier livre du philosophe André Comte-Sponville. Je n'ai pas acheté le bouquin, mais à en parcourir la brochure que je tiens dans les mains, le philosophe semble y défendre que "Prétendre que le capitalisme pourrait être moral n'a pas de sens. En effet, le possible et l'impossible n'ont que faire du bien et du mal." Il donne un exemple: "Imaginez la réaction d'un physicien qui vous expliquerait la grande équation d'Einstein, E=mc2, et à qui vous objecteriez que cette équation n'est pas morale puisqu'elle fait exploser des bombes atomiques. Ce physicien vous répondrait que vous ne parlez pas de la même chose! Dans l'ordre économico-techno-scientifique, rien n'est jamais moral ni immoral. Tout y est plutôt amoral car la morale n'a rien à faire ici. A la question : "Le capitalisme est-il moral?" je réponds donc évidemment non puisqu'il ne le peut pas! Conséquence, si nous voulons qu'il y ait une morale dans une société capitaliste, celle-ci doit venir d'ailleurs que du marché".

Si je rapporte sur ce blog les propos d'André Comte-Sponville, c'est parce que je m'oppose à sa théorie. En effet, si l'on me pose brûle-pour-point la question "Le capitalisme est-il moral?" ou plus précisément "Le capitalisme peut-il être jugé moral ou immoral?", je répondrai allégrement à l'affirmative. En effet, il me semble qu'André Comte-Sponville omet de distinguer les différents aspects perçus du capitalisme. Je m'explique.
Certes, tel que Comte-Sponville semble le décrire, le capitalisme est un système particulier de gestion des hommes, ayant des applications notamment dans le management des entreprises qui lui sont propres. Ces applications répondent à un certain ordre plus ou moins logique en théorie, ayant pour but de générer la richesse et la productivité de la structure privée.
Cependant, il me semble qu'au delà d'un simple système théorique, le capitalisme peut également être considéré comme une idéologie, c'est à dire comme un mode de pensée ayant la faculté de glaner l'assentiment d'un certain nombre de personnes et ayant également cette faculté d'être le concept fondamental de partis politiques. Or appréhendé de la sorte, le capitalisme devient un ensemble de jugements de valeurs opérés par les individus qui l'adoptent ou le réfutent. En effet, l'idéologie a pour caractéristique inhérente de ne se baser que sur des valeurs, qui par essence ne peuvent être partagées par l'unanimité des individus. Or qui dit valeur, dit forcément morale. Toute valeur, de quelle que sorte qu'elle soit, est sanctionnée par l'individu qui lui attribue une certaine faculté morale selon une échelle qui lui est propre puisque façonnée d'après l'éducation et la culture qu'il a reçues.
Vu de ce point, le capitalisme engage dès lors et en premier lieu cet individu et n'existe finalement (en tant qu'idéologie) que par lui. Ce qui n'était qu'un système théorique ne peut donc plus s'esquiver de l'échelle de la moralité. Il lui est forcément lié et est même généré à travers elle. En effet, le capitalisme se distinguera des autres idéologies en tant que ses composantes sont perçues comme plus ou moins morales que celles qui constituent les autres idéologies.

Conclusion, je pense que l'acception par André Comte-Sponville du capitalisme comme système théorique de gestion des hommes est réductrice. Peut-être essaierai-je de me procurer son livre pour mieux savoir ce dont il en ressort. Mais d'emblée, mon regard sera pour le moins critique.