J'étais invitée, samedi dernier, chez un ami à Brixton, quartier populaire du sud de Londres. Le type: 38 ans, cadre financier dans une des plus grosses multinationales du monde, célibataire, sans enfant. On a eu l'habitude de se rencontrer pour manger à table le midi, d'échanger quelques emails ou encore de s'envoyer quotidiennement quelques Sametime, cet outil sympa permettant aux employés d'une même entreprise de dialoguer instantanément, à la façon d'MSN. Cela fait neuf ans qu'il est installé en Angleterre, qu'il se débrouille, fait aller. L'âge mûr, il m'apprend beaucoup de choses durant nos conversations, me conseille, parfois même m'interdit. Bref un gars avec une certaine trempe, vraiment sympa et avec lequel les relations d'amitié sont certainement durables.
Répondant donc à son invitation, je me mets en route vers son domicile. C'est la première fois que j'allais chez lui et je me rappelais qu'il m'avait dit la semaine auparavant qu'il avait fait refaire tout récemment la salle de bains et la cuisine. J'étais donc curieuse -entre autres choses- de voir ce que donnait la nouvelle décoration.
Brixton est réputé pour être un quartier très "chaud" à Londres, sans doute même le plus violent. Bien que je n'aie exprimé aucune méfiance, il s'était empressé de me rassurer, justifiant qu'il habite le Brixton Hill Road, celui qui est éloigné du Brixton populaire et mal famé, bref que malgré sa réputation, il se sent bien dans "son" Brixton. Je n'avais pas besoin de ce détail pour prendre plaisir à l'invitation, mais bon, soit.
J'entre donc enfin chez lui.
Mon collègue vivait dans un petit 20m² à deux pièces, le salon, le coin chambre et la cuisine formant la première, la salle de bains la seconde. Je trouvais l'appartement sympa, la cuisine et la salle de bains rénovées correctes. Je me suis alors permise de lui demander à combien se montait le loyer, à quoi il a répondu 520 livres, plus 40 livres de council tax, soit 560 livres par mois. Oui, pourquoi pas? Ca se vaut.
Pourtant, son logement était plus petit que l'appartement d'étudiant dans lequel j'ai vécu pendant deux ans. Sur le coup, ça ne m'a pas frappé. Mais aujourd'hui, j'y repense et me rends compte que je n'aurais pas imaginé qu'un homme de son envergure puisse vivre dans un logement aussi modeste. Néanmoins, si je prends le temps de faire la conversion, cela nous fait un loyer de 830 euros. Damn!
Ce n'est pas la première fois que je tombe sur ce genre de cas ici. J'ai même failli en oublier le caractère extrême. Cela fait au moins la cinquième fois que je visite le logement de connaissances dont je me représente une certaine situation, mais dont l'appartement est en désaccord total avec ma représentation. J'essaie de me transposer 14 ans plus tard, 38 ans, cadre en entreprise ayant accumulé quelques gallons, une bonne situation... vivant à Londres dans un 20m². Non, décidément quelque chose cloche.
Mon collègue évoquait ce soir là la rivalité installée entre les financiers de la boîte et les autres départements. Les salaires étant nivelés au profit des premiers, cela a créé un climat de jalousie. Je repense aussi à ce qu'il m'a dit entre deux bouchées de riz au curry: "Ma plus grande préoccupation aujourd'hui: avoir des enfants, fonder une famille." On distinguait un manque rongeur dans sa voix.
Londres, je l'aime et la déteste à la fois.