07 juillet 2007
Ten Canoes
Un ingrédient que j'aime particulièrement dans les films: l'authenticité. Je suis allée voir il y a deux jours Ten Canoes, une très bonne production australienne racontant le quotidien des aborigènes d'Australie. Ce film est inconstestablement un chantre de l'authenticité dans le cinéma.
Le narrateur séduit d'entrée de jeu avec son accent exotique et son humour sain. Son objectif est de nous raconter une histoire simple, une fable, dont le sujet principal est la relation hommes-femmes, comme il en existe depuis des éternités. Mais le narrateur sait que son histoire va intéresser l'auditeur. Pourquoi? Parce qu'elle est particulière. Son contexte: l'Australie, non pas la moderne Australie très développée et très industrialisée, mais celle des Aborigènes, plus en retrait, moins exposée. Plus différente aussi, je dirais même à l'opposé de nos modes de vie occidentaux.
Personnellement -et c'est sans doute ce qui fait toute l'énigmatique des peuples aborigènes ou des peuples pigmées-, ce film m'a donné l'impression de voir une histoire ancienne, vécue il y a plusieurs siècles. Très régulièrement me fallait-il me rappeler que cette histoire est bel est bien actuelle, elle s'est passée il n'y a pas si longtemps, se passe en ce moment et se passera demain; dans ce même contexte, ce même environnement verdoyant, vierge de toute cimentatisation, de tout bulldozer, mais aussi vierge de toute industrialisation, de toute avancée technologique.
C'est assez fascinant comme, grâce au film, on peut se rendre compte que le progrès social est asymétrique du progrès économique, lui-même asymétrique du progrès technique. L'organisation sociale a existé de tout temps et force est de constater qu'elle est un élément nécessaire à la survie d'une communauté ou d'un peuple. La hiérarchie, si contestable qu'elle puisse être parfois, est néanmoins vitale. Le film nous le démontre d'une manière très simple, très authentique. J'aime beaucoup.
05 juillet 2007
Je suis Pourpre Fluo, et alors?
Dans un cours de médecine, le professeur demande à une étudiante:
"Qu'est-ce qui chez l'homme augmente sept fois de volume quand on l'excite?"
La jeune fille est rouge de confusion et ne réussit pas à s'exprimer. Le professeur se rend compte de son trouble.
"Eh bien mademoiselle, reprend-il, c'est l'iris de l'oeil. Et pour ce à quoi vous pensez, permettez-moi de vous mettre en garde. Vous risquez d'aller devant de grosses désillusions."
C'est pareil pour les Noirs. Si on demande à une classe d'élèves infirmières blanches: qu'est-ce qui est long est dur chez les Noirs - notamment les Camerounais - à Paris, nous savons que très peu répondront que ce sont les études. Pourtant, c'est la réponse la plus juste. Et pour ceux à quoi elles penseront, celles qui tenteront l'expérience pourraient être déçues. Il ne faut pas croire ce que l'on entend.
Ces deux paragraphes sont tirés du livre Je suis Noir et je n'aime pas le magnoc écrit par le Camerounais Gaston Kelman, et qui pour moi est un ramassis d'inepties. A vrai dire, les deux paragraphes plus hauts ne sont pas complètement à la lueur du contenu du livre. Ils sont plutôt un échantillon court et soft des petites blagues pas marrantes que l'écrivain s'est inventé et qui parcourent avec beaucoup de mauvais goût le bouquin. Non, les inepties que l'on ramasse dans ce livre sentent le négationisme de l'Afrique, le doute sur son identité, la honte d'être Noir, la reconnaissance en substance de l'existence d'une race supérieure (blanche en l'occurence). En outre, ce bouquin sortit en 2003, donc il n'y a pas si longtemps, ronfle, assome le lecteur d'une fatigue narcoleptique tant le discours s'épanche en clichés aussi nombreux que sommaires sans jamais rien n'apporter de nouveau.
Allez osons, ce bouquin est en fait attardé. Son vrai problème, c'est qu'il se mange la queue comme un imbécile. L'objectif de Kelman est assurément de dénoncer les préjugés et certitudes inconscients qui hantent nos pensées et opinions. Cependant, à les dénoncer aussi machinalement qu'il le fait, l'auteur Camerounais finit par verser lui-même dans ces clichés. En effet, il faut les avoir trop bien fabriqués soi-même pour pouvoir les dénoncer aussi gratuitement. Voyez cet extrait par exemple:
Chaque fois qu'ils [enfants d'origine africaine vivant en France] entendent parler de l'Afrique, c'est toujours d'une manière ou d'une autre, à propos de catastrophes. Ce sont les pandémies, la faim, les guerres, les coups d'Etat. Parfois, ce continent supposé les attirer et leur être cher y est présenté par les parents comme un lieu de punition: "Si tu n'es pas sage, je t'envoie en Afrique." C'est comme si dans mon enfance, je n'avais rien demandé d'autre que d'aller en enfer, ce même enfer dont le prêtre, le catéchiste et mes parents me menaçaient si je mentais.
Excuse-moi Gaston, mais pas la peine de te cacher derrière le fait que tous s'adressent à leurs enfants de la sorte et non seulement toi. Car c'est FAUX ! Et ces parents qui chérissent leur continent d'origine et qui ne manquent pas une opportunité de raconter à leurs enfants sa magnificence, tu les oublies? Ah, ok, en fait pour toi, ça n'existe pas. Tu ne décris là qu'une facette, mon gars. Plusieurs autres que tu n'as sans doute pas voulu voir existent bel et bien. Un autre enfant recevant un tel avertissement de ces parents, en y changeant un peu la forme, comprendra que l'Afrique est, plutôt qu'un lieu de punition, bien au contraire un exemple d'éducation. Donc, franchement, c'est purement une question de point de vue.
Prenons cet autre exemple:
Quand on les amène dans un musée [ces mêmes enfants d'origine africaine], espace culturel par excellence, ils sont tout à fait en droit d'attendre quelque chose de valorisant. Et que leur montre-t-on? Des calebasses rafistolées et des tam-tams crevés qui pourraient faire le bonheur des anthropologues mais nullement celui des gamins de leur âge, de quelque origine qu'ils soient.
Non mais là Gaston, excuse-moi mais tu n'as rien compris. Donc tu veux dire qu'il faut enlever du musée ces antiquités africaines, soi-disant parce qu'elles ne sont pas valorisantes. Crois-moi pour parvenir à faire aimer à un groupe d'élèves de 12 ans quelconque exposition d'objets ou d'outils utilisés dans l'Europe du Moyen-Age, je peux te dire qu'il faut y aller. Au cas où c'est ce que tu pensais, ça n'a absolument rien à voir avec le fait que ces ojets soient d'origine africaine.
Bref, pure construction gratuite de clichés, surproduction de catégorisations enivrantes, dénotant un net complexe d'infériorité. L'obligation de subtilité et de nuance de l'écrivain penseur n'y est pas. Au regard du contenu, pour un bouquin soi-disant best-seller, c'est bien navrant.