05 juillet 2007
Je suis Pourpre Fluo, et alors?
Dans un cours de médecine, le professeur demande à une étudiante:
"Qu'est-ce qui chez l'homme augmente sept fois de volume quand on l'excite?"
La jeune fille est rouge de confusion et ne réussit pas à s'exprimer. Le professeur se rend compte de son trouble.
"Eh bien mademoiselle, reprend-il, c'est l'iris de l'oeil. Et pour ce à quoi vous pensez, permettez-moi de vous mettre en garde. Vous risquez d'aller devant de grosses désillusions."
C'est pareil pour les Noirs. Si on demande à une classe d'élèves infirmières blanches: qu'est-ce qui est long est dur chez les Noirs - notamment les Camerounais - à Paris, nous savons que très peu répondront que ce sont les études. Pourtant, c'est la réponse la plus juste. Et pour ceux à quoi elles penseront, celles qui tenteront l'expérience pourraient être déçues. Il ne faut pas croire ce que l'on entend.
Ces deux paragraphes sont tirés du livre Je suis Noir et je n'aime pas le magnoc écrit par le Camerounais Gaston Kelman, et qui pour moi est un ramassis d'inepties. A vrai dire, les deux paragraphes plus hauts ne sont pas complètement à la lueur du contenu du livre. Ils sont plutôt un échantillon court et soft des petites blagues pas marrantes que l'écrivain s'est inventé et qui parcourent avec beaucoup de mauvais goût le bouquin. Non, les inepties que l'on ramasse dans ce livre sentent le négationisme de l'Afrique, le doute sur son identité, la honte d'être Noir, la reconnaissance en substance de l'existence d'une race supérieure (blanche en l'occurence). En outre, ce bouquin sortit en 2003, donc il n'y a pas si longtemps, ronfle, assome le lecteur d'une fatigue narcoleptique tant le discours s'épanche en clichés aussi nombreux que sommaires sans jamais rien n'apporter de nouveau.
Allez osons, ce bouquin est en fait attardé. Son vrai problème, c'est qu'il se mange la queue comme un imbécile. L'objectif de Kelman est assurément de dénoncer les préjugés et certitudes inconscients qui hantent nos pensées et opinions. Cependant, à les dénoncer aussi machinalement qu'il le fait, l'auteur Camerounais finit par verser lui-même dans ces clichés. En effet, il faut les avoir trop bien fabriqués soi-même pour pouvoir les dénoncer aussi gratuitement. Voyez cet extrait par exemple:
Chaque fois qu'ils [enfants d'origine africaine vivant en France] entendent parler de l'Afrique, c'est toujours d'une manière ou d'une autre, à propos de catastrophes. Ce sont les pandémies, la faim, les guerres, les coups d'Etat. Parfois, ce continent supposé les attirer et leur être cher y est présenté par les parents comme un lieu de punition: "Si tu n'es pas sage, je t'envoie en Afrique." C'est comme si dans mon enfance, je n'avais rien demandé d'autre que d'aller en enfer, ce même enfer dont le prêtre, le catéchiste et mes parents me menaçaient si je mentais.
Excuse-moi Gaston, mais pas la peine de te cacher derrière le fait que tous s'adressent à leurs enfants de la sorte et non seulement toi. Car c'est FAUX ! Et ces parents qui chérissent leur continent d'origine et qui ne manquent pas une opportunité de raconter à leurs enfants sa magnificence, tu les oublies? Ah, ok, en fait pour toi, ça n'existe pas. Tu ne décris là qu'une facette, mon gars. Plusieurs autres que tu n'as sans doute pas voulu voir existent bel et bien. Un autre enfant recevant un tel avertissement de ces parents, en y changeant un peu la forme, comprendra que l'Afrique est, plutôt qu'un lieu de punition, bien au contraire un exemple d'éducation. Donc, franchement, c'est purement une question de point de vue.
Prenons cet autre exemple:
Quand on les amène dans un musée [ces mêmes enfants d'origine africaine], espace culturel par excellence, ils sont tout à fait en droit d'attendre quelque chose de valorisant. Et que leur montre-t-on? Des calebasses rafistolées et des tam-tams crevés qui pourraient faire le bonheur des anthropologues mais nullement celui des gamins de leur âge, de quelque origine qu'ils soient.
Non mais là Gaston, excuse-moi mais tu n'as rien compris. Donc tu veux dire qu'il faut enlever du musée ces antiquités africaines, soi-disant parce qu'elles ne sont pas valorisantes. Crois-moi pour parvenir à faire aimer à un groupe d'élèves de 12 ans quelconque exposition d'objets ou d'outils utilisés dans l'Europe du Moyen-Age, je peux te dire qu'il faut y aller. Au cas où c'est ce que tu pensais, ça n'a absolument rien à voir avec le fait que ces ojets soient d'origine africaine.
Bref, pure construction gratuite de clichés, surproduction de catégorisations enivrantes, dénotant un net complexe d'infériorité. L'obligation de subtilité et de nuance de l'écrivain penseur n'y est pas. Au regard du contenu, pour un bouquin soi-disant best-seller, c'est bien navrant.
21 mai 2007
Un oeil ouvert sur...
Une phrase m'a interpellée dans le discours prononcé par Nicolas Sarkozy en reconnaissance de son élection au statut de président de la République Française le 6 mai dernier: "Je veux en finir avec la repentance qui est une forme de haine de soi, et la concurrence des mémoires qui nourrit la haine des autres." Une bien jolie phrase avec laquelle je suis assez en accord. J'espère seulement qu'elle ne servait pas à balayer le devoir de mémoire nécessaire afin de ne pas renouveler les erreurs passées. Car dans ce cas, je conseillerais à notre nouveau président de lire ou relire ces quelques extraits :
*Discours sur le colonialisme par Aimé Césaire
"Entre colonisateur et colonisé, il n'y a de place que pour la corvée, l'intimidation, la pression, la police, l'impôt, le vol, le viol, les cultures obligatoires, le mépris, la méfiance, la morgue, la suffisance, la muflerie, des élites décérébrées, des masses avilies.
Aucun contact humain, mais des rapports de domination et de soumission qui transforment l'homme colonisateur en pion, en adjudant, en garde-chiourme, en chicote et l'homme indigène en instrument de production.
A mon tour de poser une équation : colonisation = chosification.
J'entends la tempête. On me parle de progrès, de "réalisations", de maladies guéries, de niveaux de vie élevés au-dessus d'eux-mêmes.
Moi, je parle de sociétés vidées d'elles-mêmes, de cultures piétinées, d'institutions minées, de terres confisquées, de religions assassinées, de magnificences artistiques anéanties, d'extraordinaires possibilités supprimées.
On me lance à la tête des faits, des statistiques, des kilométrages de routes, de canaux, de chemins de fer.
Moi, je parle de milliers d'hommes sacrifiés au Congo-Océan. Je parle de ceux qui, à l'heure où j'écris sont entrain de creuser à la main le port d'Abidjan. Je parle de millions d'hommes arrachés à leurs dieux, à leur terre, à leurs habitudes, à leur vie, à la danse, à la sagesse.
Je parle de millions d'hommes à qui on a inculqués savamment la peur, le complexe d'infériorité, le tremblement, l'agenouillement, le désespoir, le larbinisme.
On m'en donne plein la vue de tonnage de coton ou de cacao exporté, d'hectares d'oliviers ou de vignes plantés.
Moi, je parle d'économies naturelles, d'économies harmonieuses et viables, d'économies à la mesure de l'homme indigène désorganisées, de cultures vivrières détruites, de sous-alimentation installée, de développement agricole orienté selon le seul bénéfice des métropoles, de rafles de produits, de rafles de matières premières.
On se targue d'abus supprimés.
Moi aussi, je parle d'abus, mais pour dire qu'aux anciens - très réels - on en a superposés d'autres - très détestables. On me parle de tyrans locaux mis à la raison; mais je constate qu'en général il font très bon ménage avec les nouveaux et que, de ceux-ci aux anciens et vice-versa, il s'est établi, au détriment des peuples, un circuit de bons services et de complicité.
On me parle de civilisation, je parle de prolétarisation et de mystification."
"L'entreprise coloniale est, au monde moderne, ce que l'impérialisme romain fut au monde antique: préparateur du Désastre et fourrier de la Catastrophe."
Une citation de Descartes reprise par Césaire dans son discours, et qui vaut la peine d'être méditée : "La raison... est tout entière en chacun [...] il n'y a du plus ou du moins qu'entre les accidents et non point entre les formes ou natures des individus d'une même espèce."
* Discours sur la Négritude par Aimé Césaire
"La Négritude, à mes yeux, n'est pas une philosophie.
La Négritude n'est pas une prétentieuse conception de l'univers.
C'est une manière de vivre l'histoire dans l'histoire: l'histoire d'une communauté dont l'expérience apparaît, à vrai dire singulière avec ses déportations de populations, ses transferts d'hommes d'un continent à l'autre, les souvenirs de croyances lointaines, ses débris de cultures assassinées.
Comment ne pas croire que tout cela qui a sa cohérence constitue un patrimoine?
En faut-il davantage pour fonder une identité?
[...]
C'est dire que la Négritude au premier degré peut se définir d'abord comme une prise de conscience de la différence, comme mémoire, comme fidélité et comme solidarité.
Mais la Négritude n'est pas seulement passive. Elle n'est pas de l'ordre du pâtir et du subir.
Ce n'est ni un pathétisme ni un dolorisme.
La Négritude résulte d'une attitude active et offensive de l'esprit.
Elle est sursaut et sursaut de dignité.
Elle est refus, je veux dire refus de l'oppression.
Elle est combat, c'est à dire combat contre l'inégalité.
[...]
Autrement dit, la Négritude a été une révolte contre ce que j'appellerai le réductionisme européen.
Je veux parler de ce système de pensée ou plutôt de l'instinctive tendance d'une civilisation éminente et prestigieuse à abuser de son prestige même pour faire le vide autour d'elle en ramenant abusivement la notion d'universel, chère à Léopold Sédar Senghor, à ses propres dimensions, autrement dit, à penser l'universel à partir de ses seuls postulats et à travers ses catégories propres. On voit et on n'a que trop vu les conséquences que cela entraîne: couper l'homme de lui-même, couper l'homme de ses racines, couper l'homme de l'univers, couper l'homme de l'humain, et l'isoler, en définitive, dans un orgueil suicidaire sinon dans une forme rationnelle et scientifique de la barbarie.
[...]
Mais, me dira-t-on, que devient dans tout cela la fameuse notion d'ethnicity que vous avez mise en bonne place dans l'exposé des motifs de ce congrès et sur laquelle vous nous appeler à méditer ?
Je dirais, pour ma part, que je la remplacerais volontiers par un autre mot qui lui est à peu près synonyme, mais dépouillé des connotations forcément désagréables parce qu'équivoques que le mot ethnicity entretient.
Je dirais donc non pas d'ethnicity, mais identity (identité), et qui désigne bien ce qu'il désigne: ce qui est fondamental, ce sur quoi tout le reste s'édifie et peut s'édifier : le noyau dur et irréductible; ce qui donne à un homme, à une culture, à une civilisation, sa tournure propre, son style et son irréductibe singularité.
[...]
Nous avons bataillé durement, Senghor et moi, contre la déculturation et l'acculturation. Eh bien, je dis que tourner le dos à l'identité, c'est nous y ramener et c'est se livrer sans défense à un mot qui a encore sa valeur; c'est se livrer à l'aliénation.
[...]
En fait, le moment actuel est pour nous fort sévère car, à chacun d'entre nous, une question est posée personnellement: ou bien se débarrasser du passé comme d'un fardeau encombrant et déplaisant qui ne fait qu'entraver notre évolution, ou bien l'assumer virilement, en faire un point d'appui pour continuer notre marche en avant.
Il faut opter.
Il faut choisir.
[...]
Pour nous, le choix est fait.
Nous sommes de ceux qui refusent d'oublier.
Nous sommes de ceux qui refusent l'amnésie même comme méthode.
Il ne s'agit ni d'intégrisme, ni de fondamentalisme, encore moins de puéril nombrilisme. Nous sommes tout simplement du parti de la dignité et du parti de la fidélité. Je dirais donc : provignement, oui ; dessouchement, non."
13 février 2007
Kemi Seba
C'est en apprenant la nouvelle de la condamnation de Kemi Seba à deux mois de prison fermes vendredi dernier que je suis allée me renseigner sur le bonhomme. Je connaissais déjà quelques bribes de ses revendications, mais la nouvelle m'encouragea à vouloir en savoir plus. Je suis alors tombée sur un entretien édifiant entre le leader de la tribu KA et le groupe de presse Novopresse. Vous pouvez accéder à l'entretien en suivant ce lien.
Je trouve cet homme, Kemi Seba, très étrange. Très brillant, et souvent pertinent, il est aussi extrêmement violent dans la teneur de ses propos. Il y a quelques mois, un ami m'avait envoyé un lien menant vers un entretien télévisé où Kemi Seba exposait les mêmes théories que celle présentées dans le lien précédent. A l'issue de cette vidéo, j'étais choquée et même dégoûtée à proprement parler. La haine de cet homme envers l'homme blanc et le juif est tellement viscérale qu'elle répugne. Ses propos globalisants l'enferment dans des théories sans voie d'accès ni exit de secours. Du coup, il n'a que l'allure d'un agitateur, obnubilé par son discours, inconsciemment assourdi par son propre vacarme.
En vérité, si cet homme était influent, il me ferait bien plus peur qu'un Le Pen. C'est tout de même fort dommage. Je ne vois pas à quoi cela sert de défendre la terreur comme il le fait. Aux questions de son interlocuteur de Novopresse (parfois saugrenues d'ailleurs), il répond souvent en relatant des faits historiques véridiques qui ont été des grands maux dans l'histoire de l'Afrique et des Noirs, mais la solution qu'il leur donne est manifestement inadaptée. La lumière de certains de ces propos brillants se voit complètement éteinte par la haine et l'amertume qui l'habitent. Ses solutions sont utopiques et même risibles, ses sentiments racistes, si bien que le tout donne le goût fade du "tout ça pour rien".
A l'heure qu'il est, ça ne m'étonnerait pas qu'il se sente sur un petit nuage, réalisant qu'il poursuit ses idées jusqu'au bout, qu'importe le prix à payer. Je suis sure qu'il se délecte du rôle de martyr que les autorités françaises lui ont donné. En fait tant mieux pour lui. J'espère juste que le plus grand nombre ne succombera pas à sa logique pour le moins honteuse et finalement plus falsifiante qu'elle ne se voulait restituante de vérité.
03 septembre 2006
Notting Hill Carnival 2006
Dimanche 27 et Lundi 28 août 2006, avec cinq de mes meilleurs amis, nous nous sommes rendus au carnaval de Notting Hill. Ce carnaval fut pour moi la célébration de millions de couleurs, cultures, saveurs, musiques et danses. Il fut une réussite puisqu'il est parvenu à rassembler lors de cette 43ème édition plus de 500.000 personnes. C'était en fait la première fois que j'assistais à un événement réunissant autant de monde, tous types confondus.
Le dimanche était consacré à la parade des enfants. De gros camions chargés de basses massives défilaient, suivis chacun de sa troupe respective, à la cadence de rythmes entraînants. Ces jeunes protagonistes étaient chargés d'exécuter des chorégraphies et ainsi partager avec les spectateurs leur amour de leur culture d'origine.
Le lundi lui était consacré aux troupes professionnelles et réunit encore plus de monde que la veille. Les costumes furent tous plus créatifs les uns que les autres, les chorégraphies soigneusement travaillées.
Il faut savoir qu'à l'origine, ce carnaval est antillais et faisait donc dans les années 60 la démonstration des troupes trinidadiennes puis jamaïcaines. Cet événement était alors le moyen pour les ressortissants antillais de célébrer la fierté de leur culture dans les rues du quartier de Notting Hill, à une époque où les Noirs subissaient de nombreuses pressions sociales relatives au racisme. Au fil des années, la parade s'est étendue à de nombreuses autres troupes ressortissantes du Ghana, du Nigéria, du Cameroun, du Brésil et même de la Chine. Cette tolérance reflète bien la devise du carnaval: "Tout spectateur est un participant, le carnaval accueille tous ceux qui veulent y prendre part."
Autre aspect: comme tout carnaval, celui-ci s'est chargé de mettre à mal les tabous à sa manière. Si bien que tout touriste désireux de partager pleinement l'atmosphère de Notting Hill était aisément troublé par la multitude de jeunes filles en petit short sexy et mini décolleté, se promenant en bande, non oublieuses d'appâter de leur insouciant regard les proies les plus avenantes. Cependant, les touristes plus prudes avaient tendance à exprimer leur désapprobation face à tant de dépravation surtout quand celle-ci impliquait les filles les plus jeunes frôlant à peine la barre des 16 ans. Je reconnais faire partie de cette deuxième catégorie, tant est si bien que je suis allée jusqu'à me demander si je serais plus tard capable d'élever mes enfants dans une telle société. A vrai dire, je m'efforce de classer ce que j'ai vu sur le compte de l'ambiance carnavalesque, avec ce qu'elle comporte de libertin. Mais je soupçonne que ces deux jours miroitent dans une certaine mesure l'image de la jeunesse britannique d'aujourd'hui. Une petite étude s'impose. A suivre donc...
04 juin 2006
Afro Hair & Beauty Show 2006
Le week-end dernier se tenait à Londres le 24è Afro Hair and Beauty Show , salon célébrant la beauté et les tendances artistiques de la coiffure afro. De mon point de vue, l'événement était une réussite pour plusieurs raisons.
Tout d'abord, il réunissait de nombreux professionnels de la coiffure pour Noirs, mais permettait également de rencontrer des professionnels du maquillage et du soin de la peau pour Noirs. On avait donc une vision globale de l'étendue de la coiffure afro, qui nécessite, si on veut l'apprécier pleinement, son association avec l'art du maquillage.
Ensuite, on pouvait constater l'énorme affluence générée par le salon malgré son prix rédhibitoire. Il a réuni un nombre incroyable de femmes noires, en particulier des jeunes, toutes à l'affût des derniers produits tendances.
Enfin, des concours de toutes sortes étaient organisés: coiffure homme, coiffure femme, maquillage, défilé de mode, qui permettaient d'alerter l'oeil le plus désintéressé.
Ce qui en est ressorti, d'après moi, c'est que l'occidentalisation de la coiffure afro n'a jamais été aussi accrue. Pourtant, on a l'impression que la femme noire anglo-saxone s'est appropriée cette occidentalisation. Elle s'y épanouit et se sent d'autant plus noire. Elle est consciente de la vasteté que couvre la coiffure afro, de la grande diversité de ses styles, et n'hésite pas à aller explorer ceux-ci.
Bien plus que la femme noire française, je dirais que l'anglo-saxonne a intégré la coiffure afro comme outil d'affirmation de soi et de ses origines. Il fallait voir les coiffures que toutes ces jeunes demoiselles avaient faites avant de se rendre au salon. J'ai envie de dire qu'à côté de ça, les défilés de coiffure n'étaient rien, tant le public était un spectacle à lui tout seul.
Et donc, ce qui a manqué au salon, c'est ce côté africain de la coiffure, la présentation de cette tendance -certes mineure- au retour aux cheveux naturels. Sans doute, le salon aurait gagné à y mettre l'accent, d'autant qu'en la matière les styles ne manquent pas, et la demande en terme de soin de ce type de cheveux est plus que jamais là.
Un grand absent de ce salon: L'Oréal, et sa marque afro Softsheen Carson. Quand je demande à une professionnelle concurrente, la raison de leur absence, elle me répond dédaigneusement: "Sans doute que ce n'est pas rentable pour eux". Même Western Union, qui ne fait pas dans la cosmétique, était présent. A creuser...
P.S.: En ce premier week-end de juin, se tient à Paris le salon Boucle d'Ebène. Je ne peux malheureusement pas y participer. Si quelqu'un y est allé faire un tour, qu'il n'hésite pas à me suggérer ses remarques. Merci.
14 mai 2006
Lassitude
"Il est urgent de bâtir un partenariat entre la diaspora africaine et les entrepreneurs locaux", "Nous avons le devoir d'émanciper la population de sa pauvreté", "Il faut mettre en place de nouvelles législations", "[...] s'engager dans un nouveau paradigme de pensée", "[...] recréer un contexte de changement social", etc.
Telles étaient les brillantes interventions que l'on pouvait écouter lors de l'Africa Day organisé hier par l'association Africa Club de la London Business School et dont le thème moteur était le suivant: "Africa 2020 - A vision for Empowering an Enterprising People". J'avoue avoir quelque difficulté à trouver une traduction exacte de ce thème en français, mais la question majeure à laquelle on tentait de répondre était de savoir comment donner les moyens aux futurs entrepreneurs africains de monter leurs propres entreprises.
L'événement fut une réussite à bien des égards: salles combles, invités de marque, interventions brillantes saluées parfois par quelques ovations. Cependant, sous ce vernis lumineux, à force de décapage, je distinguais cette couche épaisse de lassitude, doublée de celle de l'agacement. Beaucoup trop d'idées restaient celles qui avaient déjà été pensées, dites, écrites, et repensées, redites et réécrites, par nombres d'auteurs, hommes politiques ou simples amateurs de l'Afrique.
Je commence à trouver cela difficile d'assister aux mêmes choses chaque jour, d'entendre les mêmes plaintes, les mêmes imprécations. Je suis lasse de cette inaction, de ces paroles pseudo-mobilisatrices, ne vouant qu'à nous enfoncer dans l'immobilisme le plus puant. Je suis lasse de prendre ces intellectuels pour des modèles, alors que jamais ils n'ont réussi à répondre à mes questions et à me montrer le chemin par des actions concrètes. Je suis lasse de penser que je peux faire quelque chose pour mon continent et, au sortir de ce genre de rencontre, me rendre compte finalement que je n'ai pas avancé d'un iota. Je suis lasse de finir par me haïr moi-même pour la lâcheté que je n'ai pas eu honte de montrer aux membres de ma communauté toute la journée. Je suis fatiguée.
Je suis agacée de rencontrer tous ces opportunistes se vantant de faire du "networking" et par là d'avoir frappé un coup stratégique en assistant à cette journée. Je suis agacée de rencontrer ces commerciaux tout fiers d'avoir été les premiers à comprendre que c'est maintenant qu'il faut investir en Afrique. Je suis agacée de voir cette femme noire présidente de la Chambre des Lords lire devant l'assemblée un discours écrit par son nègre, plein de phrases toutes soigneuses mais exemptes de sens concret, vides de choses nouvelles, celles dont a tant besoin son continent d'origine. Je suis agacée de constater que ce genre de rencontre n'admet pas certaines persona non gratta n'ayant pas les moyens de participer à cette journée. Depuis quand l'Afrique a-t-elle besoin de la diaspora embourgeoisée, snob et catégorisante pour s'en sortir? Je suis exaspérée.
L'unique personne qui, selon moi, m'a servi lors de cet Africa Day, est Lawrence "Larry" Drake II, Président de Coca Cola Nigeria et Afrique Equatoriale. Ce californien, derrière sa posture de dictateur africain, m'a émue par une phrase: "I am where I am supposed to be" autrement dit "Je suis là où je suis censé être". Je pense sincèrement que tant que je ne serai pas allée vivre là-bas, pour servir les intérêts de ce continent, jamais je n'aurai de réponses à mes interrogations et frustrations.
07 septembre 2005
Une femme noire au Canada
A 48 ans, Michaëlle Jean est devenue le 17 août dernier la première femme noire Gouverneure générale du Canada, ce qui la place directement au rang de chef d'Etat. Bien qu'il aille sans dire que cette nomination soit dans le plein reflet des qualités qu'a pu démontrer Michaëlle Jean au cours de sa riche carrière, je salue tout de même cet événement sans précédent dans ce pays.
Comme à l'accoutumée pour des personnes exerçant ce type de fonction, les détracteurs de la nouvelle gouverneure n'ont pas tardé à sortir leurs griffes. Il serait pourtant dommage qu'inutilement ils se blessent un ongle -si j'ose dire. Cette canadienne d'origine haïtienne incarne à sa manière le "rêve canadien" dans toute sa splendeur. Brillantes études, engagements associatifs multiples, vie professionnelle exemplaire, admiration du public, voici le cocktail juteux à l'odeur de feuille d'érable qu'a su concocter Madame Jean.
Personnellement, le principal enseignement que j'en tire est que la reconnaissance est au rendez-vous tôt ou tard pour celui qui la mérite. Certains cyniques rétorqueront qu'ils préfèrent que ce soit tôt plutôt que tard. Ce à quoi je répondrai que seul est reconnu celui qui mérite de l'être, ce qui in fine tend à minimiser la composante temps. Celle-ci est parfois trop souvent brandie comme prétexte, alors même qu'en tant qu'acteur, on a les moyens d'influer sur elle.
Cessons d'être prisonniers du regard de l'autre, ou plus précisément de nous rendre prisonniers du regard de l'autre (;-) clin d'oeil à mon cher collègue) et affranchissons-nous. Mettons un point d'arrêt à nos jérémiades chroniques et inversons notre regard sur nous-mêmes. Remettons sur pieds la psychonation et faisons-là resplendir humblement de fierté, d'assurance et de positivisme. L'émancipation n'est-elle pas finalement ce procédé par lequel nous percevons une autre facette sociale de nous-mêmes que nous entendons revendiquer? N'est-elle pas cette révolution copernicienne qui renverse le décor et en établit un nouveau sur des fondations plus saines?
Well, some kind of a dream once upon a time...
10 juillet 2005
Scandale sur google!
Les amis! Je suis scandalisée.
Figurez-vous que je faisais en début d'après-midi une recherche sur le cinéma africain. Pour cela, quoi de plus naturel que de se connecter sur google.fr? Cela m'aurait permis d'avoir de nombreuses informations, certes éparpillées, mais suffisantes pour que je puisse faire un tri assez efficace.
Bref, je tape donc dans la zone d'entrée: "acteurs+africains+célèbres".
Quelle ne fut pas ma surprise en me voyant impunément suggérer par ce moteur de recherche soit-disant puissant d'essayer une autre orthographe, en l'occurence: "acteurs+américains+célèbres"!!!
Non, mais ça ne va plus là! Comment peut-on considérer que le mot "africains" associés aux deux autres soit une faute d'orthographe!?!? Et en outre, qu'une correction satisfaisante serait son remplacement par le mot "américains"?!?!
Il serait donc incohérent, et même digne d'un zéro pointé en dictée que de pouvoir recenser des acteurs, non seulement "africains", mais de surcroît "célèbres"!!??
Les amis, j'appelle à la révolution, c'en est trop! Si les ordinateurs s'y mettent aussi, ceux-ci étant voués à dominer l'espèce humaine tôt ou tard, j'en conclus que nous sommes perdus, anéantis, exterminés, irradiés!
Le comble de tout c'est que ma recherche n'a pas abouti puisque, en passant par cette chose qu'on appelle "google" (une petite inversion et ça devient "gogole", hihi), je n'ai pu trouver un site internet digne de me dresser une liste desdits acteurs.
Je suis ouverte à tout slogan de ralliement qui ferait foi de cri de guerre de THE BLOG. Les enchères sont ouvertes!