13 août 2006
Plaisirs de la table
Ils sont à table, se regardent. L'un attrape un fruit et l'introduit dans la bouche de l'autre. Tour à tour, ils jouent. Ils sont tombés amoureux l'un de l'autre sans savoir pourquoi. Impossible pour lui de résister à ces courbes. Elles sont sensibles, voluptueuses, intelligentes. Impossible pour elle de vaincre ce regard. Un bref échange et la magie de ses yeux rend le monde d'une simplicité radieuse, d'une évidence crue.
La danse continue, un second morceau de fruit, une noix de crème glacée, une goutte de son alcool préféré, le Baileys. L'érotisme est à son comble. Lui se rappelle une scène du film 9 semaines et demie, elle une citation d'Oscar Wilde: "La fidélité est à la vie sentimentale ce que l'étroitesse d'esprit est au développement intellectuel."
Faire l'amour leur est interdit. La société, cette mégère, ne le leur permet pas. Ils décident donc de contourner cette loi partialement érigée et d'établir la leur non moins arbitrairement. Un amour mental, spirituel. Ils sont seuls, imbriqués, le temps s'arrête pour les laisser s'évader.
L'espace d'un instant et d'une éternité, la mégère s'est fait avoir. Ils s'exaltent, leur jeu est intense, jouissif. Leurs deux esprits traversent les vagues de volupté, leurs deux âmes s'élèvent et L'aperçoivent. C'est le pic, celui de la plénitude absolue, de l'insouciance, comme il lui avait promis.
Quand ils redescendent, le monde redevient moins clément, la mégère les rattrape. Mais ils savent désormais comment lui échapper.
30 septembre 2005
Petit homme
Petit homme quand tu seras grand
Montre à tes enfants la beauté de ton continent
Raconte leur les rires que ta terre te prodiguait
Murmure leur aux oreilles les contes sacrés
Dis leur combien ton continent sur toi veillait
Enumère les fois où devant la façade, assis
Le coucher de soleil te souriait
La lune te souhaitait bonne nuit
Petit homme quand tu grandiras
Décris les empires qui ont façonné de ce continent la gloire
Vénère les ancêtres qui ont fait de cette terre ton héritage
Ils sont les protagonistes de l'histoire
Ils font du passé et du présent l'alliage
Petit homme, grand, tu seras sage
Dessine les nombreuses courbes des paysages
Qu'innocent tu longeais en allant à l'école
Reproduis les sons des oiseaux qui s'envolent
Petit homme,
Ne vois-tu pas les multiples couleurs de ta terre?
Elle est rouge de passion, blanche de pureté
Verte de richesse, jaune de lumière
Mais surtout noire de fierté
Petit homme,
Cet arc-en-ciel, ce sont les gouttes qui pleuvent
Et le soleil qui luit
Cet arc-en-ciel, c'est l'eau qui t'abreuve
Et le feu qui te nourrit
Petit homme, un jour tu seras grand
Les épreuves seront dures, les dilemmes oppressants
Ne crains pas de faire parfois le choix de la guerre
Mais fais toujours celui de la paix
Petit homme,
Tu parcourras le monde, ne te détourne pas
Oeuvre pour ton continent, ici ou là-bas
16 septembre 2005
Question existentielle
Un soir, alors que je m'apprêtais à aller me coucher, une question existentielle vint toquer à la porte de ce qui me sert de cerveau. Malgré ma fatigue, cette tête de mule de cervelle a insisté pour qu'on la fasse entrer. Il faut toujours qu'elle me cherche, celle-là. Je ne comprends pas, c'est toujours au mauvais moment qu'elle décide de me déranger. Je ne sais jamais quand cette carverneuse se repose, pour la simple et bonne raison que, soit elle ne se repose pas, soit quand elle daigne se ménager quelques heures, je suis moi-même endormie.
Bref, je finis par céder et priai notre nouvelle invitée de se donner la peine d'entrer. A première vue, la question existentielle m'apparut bien jeune pour fréquenter ce genre d'endroit aussi tardivement, et très vite je me demandai ce qui pouvait bien amener une si innocente enfant dans ce labyrinthe métaphysique. N'oubliant pas les quelques règles de politesse d'usage, elle ne perdit pas de temps et déclara d'une voix chétive: "J'aimerais savoir, [question existentielle X]? ".
Je bougonnai encore de mes echauffourées avec la cervelle, mais à l'entente de la voix douce et curieuse de notre demoiselle inconnue, mes derniers caprices s'estompèrent. C'était une question pour le moins étrange. Jamais la cervelle et moi n'avions rencontré un tel spécimen. Si bien que dans l'instant qui suivit, ce fut difficile de savoir par quelles hypothèses nous allions commencer de résoudre le problème. La cervelle, cette impertinente, était déjà toute gigotante à l'idée d'avoir de nouveau une petite distraction. Toute poilue qu'elle était, elle montrait fière son menton mal rasé car elle devinait que je ne pouvais plus me défiler; j'étais attendrie par la question, il se faisait tard, et je ne pouvais pas la renvoyer chez elle sans l'avoir résolue. La cervelle avait encore marqué un point. Elle ne perdait rien pour attendre, tôt ou tard, j'allais bien trouver un moyen de me débarrasser d'elle. Cela faisait maintenant des années que je me la coltinais, que je subissais matin et soir ses ricanements monstrueux, ses rictus mesquins et répugnants. Il fallait que cela cesse.
Mais je commençais de nouveau à me distraire et notre question s'impatientait de ne pas voir arriver la pénible réponse. Il est vrai que l'interrogation posée mettait en relief bien des paradoxes qu'il m'était difficile de lever. Comme je m'y attendais, plutôt que l'on s'unisse pour trouver ensemble la solution, l'autre mal boutonnée préféra faire lobe à part. Tandis que mes synapses prenaient de l'âge et commençaient à rouiller, les siennes conservaient encore toute leur vigueur et ses neurotransmetteurs n'avaient jamais été aussi rapides. Elle en était consciente et ne manquait pas une occasion de se rire de moi dès qu'une problématique se présentait. Malgré mes sollicitations, mes neurones restaient inactifs, et la fatigue ne faisait que monter... monter... (Ronflements)
Le lendemain matin, en me réveillant, la question existentielle avait disparu et la première image qu'il m'était donné de contempler fut la caverneuse qui laissa échapper un ricanement sournois encore plus maléfique qu'à l'accoutumée. Ses boutons étaient dressés droit devant moi et ses lèvres baveuses dessinaient un rictus des plus ignobles. Elle était parvenue à résoudre la question et jamais elle n'allait me faire part de son raisonnement.
Aujourd'hui, c'est sûr, je vais encore passer une mauvaise journée, à espérer vainement qu'il n'y ait plus de question existentielle qui sonne à ma porte, à supplier que l'on m'accorde une retraite anticipée, à prier pour que l'autre sorcière de cervelle débarrasse le plancher et me laisse enfin prendre soin de mes vieux neurones.
28 juillet 2005
Lutte
Je ne veux plus vivre ces moments où la raison lutte contre le coeur. C'est comme si ton moi et ton moi s'affrontaient l'un l'autre, à en devenir cinglée. Que ces deux là cessent de se chamailler et se mettent d'accord une fois pour toute! Leur querelle m'empêche de dormir, les cris et les insultes font monter en moi la tension. Au vu de mon état nerveux, je manque moi-même de prendre part à la rixe. Parfois, certains coups se perdent et m'atteignent. Assommée, je tombe. Très bas.
Difficile pour moi de me relever. Soudain, le sang coule. La raison et le coeur voyant les dégâts causés tentent de se racheter et m'aident à me relever. Je redresse la tête. Mais très vite leurs égoïsmes respectifs refont surface. Malgré mes efforts, je ne parviens pas à esquiver certains de leurs coups. La querelle est sourde et bruyante à la fois. Elle gronde de l'intérieur. Impossible de l'en faire sortir. J'essaye alors une autre technique. Témérairement, je tente de m'interposer entre les deux; en arbitre, j'essaie de les calmer, de revenir à une discussion plus saine. En vain, nouveaux poings, nouvelles gouttes... de sang. Chacun veut sa part de couverture, la déchire.
Me déchire. Me broie. M'anéantit. M'extermine. Je ne suis plus.
21 juin 2005
Quand la mort frappe...
Ils sont jeunes. Ils avaient toute la vie devant eux. Ils sont pleins de vie, d'énergie, d'insouciance, d'immaturité. Ils étaient farouchement amis. Cette amitié sincère, désintéressée, pure, à la fois fragile et solide, qui a, en un sens, la solidité de la fragilité. Ils étaient compatriotes en terre étrangère, en France, doublement unis par cette réalité. Ils se sont séparés Vendredi dernier. Etaient censés, comme à l'accoutumée, se retrouver Lundi, avec beaucoup de plaisir, plaisir d'autant plus grand que la fin de l'année allait les séparer pour un bout de temps. Ils vivaient leurs dernières heures avec ce mélange de soulagement qui marque, pour la plupart des jeunes de leur âge, la fin de l'année, et d'appréhension à l'idée de se quitter. Seulement, le sort en a décidé autrement. Il était absent ce matin. Il sera absent demain, après-demain. Il est décédé. Noyé. Il est anéanti, perdu, incrédule, confronté qu'il est, pour la première fois de sa vie, à la mort d'un être cher, à l'indicible, à l'insoutenable, au néant. Il m'est proche, même très proche. Il ne l'était pas, mais le devient, par la force des choses. Sa disparition tragique, son amitié avec lui, le fait rentrer de fait dans ma "famille". Je souffre ce matin, seul dans ma chambre. Je souffre avec lui, pour l'aider à souffrir moins, pour l'aider à grandir. Et je souffre encore plus pour lui, sa famille, ses proches. J'ai mal, très mal.
Qu'il repose en paix....
P.S. j'ai volontairement joué avec les temps des verbes, et avec le mot "lui". Toutefois, une lecture attentive permet de comprendre...
19 juin 2005
le livre, le libraire...
J'aime les livres; non le livre. J'aime tout dans le livre. Son parfum corporel. La fragrance de ses pages. Le bruit, léger,subtil, délicat, noble, qui retentit, non surtout pas, qui affleure, lorsqu'on tourne une page. J'aime l'idée de posséder, ou plus exactement - car on ne possède pas le livre - d'avoir en ma possession le livre. J'aime toucher le livre, le humer, penser que je vais m'en délecter, ou pas d'ailleurs. Car en bon aficionado, plus encore que le plaisir de la lecture, la perspective de me procurer le livre constitue la plus haute des voluptés. J'aime me ballader avec le livre, l'avoir en permanence avec moi, me sentir par lui protégé, par lui surveillé, par lui scruté. J'aime commencer la lecture. J'aime les écrivains, même les mauvais, parce qu'ils écrivent le livre. J'aime achever la lecture. J'aime la recommencer. J'aime prêter le livre. J'aime qu'il me revienne. J'aime l'idée des retrouvailles, de ces retrouvailles: comment va t-il? A t-il été bien traité? A t-il été respecté? A t'il été admiré? A t-il été aimé? L' on devrait d'ailleurs prévoir, dans les programmes scolaires, un apprentissage, sinon de l'amour du livre, du moins de son respect, de sa considération.
Alors si je ne finis pas maquisard, pas journaliste, pas révolutionnaire, pas "politique", pas plombier - camerounais! et non polonais... - pas fleuriste, pas écrivain, pas, pas, alors puissé-je devenir libraire.
17 juin 2005
Dialogues contrastellaires
Bonjour. Cet essai n'a rien à voir avec les événements cinématopgraphiques du moment. Je ne suis pas fan des films Star Wars.
DE MARS A LA LUNE
- Maman, est-ce qu’on pourra retourner sur la Lune pendant les grandes vacances ?
- Je ne sais pas mon chéri, ça dépend de si ton père peut t’accompagner et de si tu as de bonnes notes en Anagronmétrie.
- Il y a un de mes potes qui voudrait venir sur Mars pendant les petites vacances. On pourrait l’héberger, qu’est-ce que tu en dis ? Il s’appelle Þ¥Ħ.
- Il n'y a pas de problème si vous êtes sages.
- T'inquiète, on sera les plus gentils de la galaxie.
DE LA LUNE A LA TERRE
- Maman, c'est quoi ce gros engin qui est en l'aIr juste au dessus de nous?
- Papa dit que c'est une navette spatiale venue pour nous envahir. En fait, c'est simple, c'est une mytachondome.
- Pourquoi i' font ça? On dirait qu'i z'arrêt' pas de nous regarder.
- Oui, ils font des expériences pour mieux nous connaître nous les Luniens. Dans toute la contrée, on dit que le danger est proche.
- Pourquoi, i' vont nous tuer?
- Non, pas si Papa et les autres sont plus forts qu'eux.
- Comment i' s'appellent?
- On les appelle les Terriens. Le comité satellitaire se plaint de la pollution qu'ils créent à chaque fois qu'ils nous envoient un de leurs engins.
DE LA TERRE A MARS (un professeur et un chercheur dans un laboratoire terrien)
- Je vous parie, Professeur, que dans une cinquantaine d’années, on pourra exterminer tous ces Martiens.
- J’espère, très cher. Je ne suis pas entrain de travailler mes logarithmes et mes équations différentielles depuis quarante ans pour que notre bonne vielle planète n’en fasse rien.
- Vous savez, Professeur, j’ai mon fils aîné qui est déjà très passionné par la conquête spatiale. L’idée que la Terre puisse contrôler l’ensemble du système solaire l’anime à n’en plus pouvoir le calmer. Croyez moi, la relève est assurée !
- Il le faut car cette sonde que nous sommes parvenus à envoyer sur Mars, ce n’est pas suffisant. Il reste encore beaucoup à faire d’ici à ce que nous puissions nous installer définitivement là-bas.
Le Professeur rentre chez lui le soir ; sa femme et ses enfants l’accueillent.
- Alors, chéri, comment s’est passée ta journée ?
- Très bonne. Nos recherches avancent à grand pas. Bientôt, mes chéris, un nouveau monde vous appartiendra.
Les enfants ne comprennent qu'à moitié, mais restent heureux de retrouver leur père. L'épouse, l'oeil brillant, de répondre:
- Je suis très fière de toi.
Pour les enfants, cela suffit à les rassurer.
19 mai 2005
Oreiller, berceau de mes rêves!
C'est un petit texte de mon invention que j'aimerais publier dans ce blog.
Je te quitte ce matin avec beaucoup de regret tu sais. J'espère que notre pacte restera en vigueur jusqu'à ce que je te retrouve ce soir. Je ne voudrais pas que tu aies divulgué le contenu de mes rêves. Je n'ai trouvé que toi pour en être le témoin. Tu es le plus doux, le plus fidèle, le plus silencieux. Jamais tu ne me déranges pendant mon sommeil. Toujours tu berces mes nuits.
Je n'aime pas quand parfois tu décides de te déformer. Je suis alors obligée de me battre avec toi, de te prendre entre mes mains et de te tortiller. Tu résistes, je persévère. Jusqu'à ce que tu comprennes que j'ai besoin de ta docilité. Je sais que parfois tu restes coincé entre le tumulte de mes songes, mes nuits agitées sont fréquentes et viennent à bout de ta moelleuse patience. Mais fidèle, tu ne dis rien.
Ca rapport muet que nous entretenons m'a toujours intriguée. En général, mutisme signifie ennui. Non, avec toi, il est complicité. Sans mot dire, tu partages les moments les plus précieux de ma vie, et moi je m'abandonne au monde onirique, te dévoilant mes secrets les plus intimes, les plus refoulés parfois... sutout.
Lorsque je te quitte et que la lumière prend le relais pour te tenir compagnie, cette vicieuse nargue ta force de caractère. Elle pense que son halo est capable de tout découvrir, de tout dénoncer au grand jour. Ses tentacules de rayons filtrent et s'infiltrent. Mais je sais que tu es le plus fort. Tu ne lui dis rien. Ta pudibonderie vient compenser ma trop grande prolixité.
Tu es celui avec lequel je passe le plus clair de mon temps (de quoi rendre jaloux Morphée). Mais à chaque instant c'est le câlin, la tranquilité, le repos, "luxe, calme et volupté". Oui, en effet c'est comme un voyage entrepris ensemble. Tu es le bateau qui me protège des dangers de la mer, module le courant, adoucit la houle, prévient quelconque naupathie. Le matin quand nous jetons l'ancre, une dernière étreinte avant que je me lève trahit ma paresse, ma lassitude de te quitter. Bonjour et au revoir.
© NYTM
10 mai 2005
Prédateur
Voici mon unique poème que j'aimerais partager avec vous.
Prédateur
Mon esprit est aveugle, hanté par ton visage
Mes pensées envolées, noyées dans les mirages
Tu m’as subtilisé la maîtrise des songes
Tes charmeuses de griffes me détiennent et me rongent.
Tu visites mes nuits nonobstant mon avis
L’arrogance se teint sur mon songe éveillé
Malgré moi tu trahis une amoureuse envie
De fixer du regard tes yeux purs, éthérés.
Ton visage est une lueur dans ma pénombre
Mon cœur te réclame, crie et se perd dans l’ombre
D’un hurlement d’amour dément et maladif
Jaloux de mon esprit, il demeure plaintif.
Chaque soir, j’aimerais t’offrir un ciel d’amour
Un baiser sur chaque astre. Or ce ciel est si vaste
Qu’à travers la voûte, je sens l’onde néfaste
Conduite par le vol éclairé d’un vautour.
L’amour est prédateur : la plante carnivore
Il s’enracine, ronge, étouffe et engloutit
Il réduit sa victime à la fonction d’outil
Nous vide notre essence, nous régurgite morts.
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