Evasion hellénistique
Portée sereinement dans un salubre élan
Humant une à une les caresses du vent
Allègrement, légèrement
Je pars à la quête du temps
Désireuse, je pars à l’assaut
De la terre première, de la terre berceau
Récolter parmi les jeunes arbrisseaux
De la civilisation les premiers soubresauts
Je parcours les rayons des musées
Admire l’éclat des monticules usés
Et par la magie des âges désabusé
Je bénis l’ancienne cité accusée
Au-delà des horizons mythiques
En haut des monuments infinis et antiques
Je cherche l’eau d’or, de jouvence mystique
Où ruissellent les légendes cosmiques
Puis je fouille, je fouine, déblaye
Les chemins des siècles, essaye
Quelques sentiers, quelques réponses, étaye
Les origines du miracle, ses merveilles
Je veux trouver sur cette longue route
Le carrefour du doute
Ce lieu au labyrinthe qui envoûte
Ce lieu où ma civilisation s’est dissoute
Tchi Mbouani
Mon Okonkwo
Mon Okonkwo
Ce soir, de longues guirlandes de pensées
Se couchent vers toi
Elles ne me quittent pas, elles tracent des
trainées
D’amour pour me nouer à toi
Mon Okonkwo
J’ai les sens en douleur, en manque,
Mordus par les démangeaisons
Ton absence prolongée et sorcière
M’obstrue les pores de la raison
Mon Okonkwo
Dans cette pièce aux murs glacés
Mes ongles se crispent de ne pouvoir
t’agripper
Dans les allées marchandes et fades
Mes paupières malades
Palpitent de ne pas te contempler
Mon Okonkwo
J’aimerais ce soir que mes mains
recroquevillées
Se détendent lentement sur ton ventre doux
J’aimerais ce soir que mon nez excédé
Consomme la drogue de ton odeur d’acajou
Mon Okonkwo
Ce soir, mes oreilles en sanglots veulent écouter
La musique de ton téton qui bat
Ce soir, mes lèvres assoiffées veulent étancher
Leur envie dans ton cou de baobab
Mon Okonkwo
J’aimerais ce soir que mes hanches
Tendues et sensibles comme le tam-tam
Soient prises et comprises
Dans la vigueur de tes mains macadam
Mon Okonkwo
J’aimerais ce soir, mon Okonkwo,
Que ta peau, noire comme cette magie inconnue
S’allonge au côté du sourire larvé de mon cœur
Et épouse les vapeurs échappées de mon corps
nu
Tchi Mbouani
Il court
Il court avec hâte
Il court après les dates
Ecarlate, rouge tomate
Il court à grandes pattes
Il court après le temps
Il court dans les tourments
A contre vent, à contre-courant
Il court en s’aveuglant
Il court dans le noir
Il court dans l’isoloir
Sans savoir, sans histoire
Il court comme un bâtard
Il court à perdre haleine
Il court dans la migraine
Course malsaine, course chienne
Il court dedans ses veines
Il court dans l’angoisse
Il court dans la poisse
Ci crevasses, là impasses
Il court à perdre la face
Tchi Mbouani
Célibat éperdu
Jeune, beau, riche
Cette femme à la chair incolore dont tu
t’entiches
Qui est-elle ?
Gentil, doux, galant
Cette femme intangible qui pince ton cœur
brulant
Que fait-elle ?
Humble, sensible, courageux
Cette femme invisible qui occupe tes songes
marécageux
Où est-elle ?
Célibataire, seul, envieux
Cette femme inconnue qui la nuit t’emporte
vers les cieux
Quand vient-elle ?
Douteux, hésitant, fuyant
Cette femme inaudible qui te rend si bruyant
Que dit-elle ?
Retardataire, négligent, crâneur
Cette femme indicible qui récite la prose de
ton bonheur
Que n’a-t-elle ?
Pédant, immature, lâche
Cette femme ineffable que tu caches sans
relâche
Quelle hérésie a-t-elle ?
Tourmenté, égaré, accablé
Cette femme vertueuse qui de balles de
tendresse t’a criblé
Pourquoi n’est-elle que bagatelle ?
Tchi Mbouani
L'autre
Toi à la peau ombrée sous ton chapeau de noix
Toi qui m’électrises de ton obsession de voix
Toi qui me balaies de tes boucles blondes
Toi qui te vêtis de toutes ces fleurs fécondes
Toi qui es hors de moi, me mets hors de moi
Toi qui ne vois point ce que je vois
Toi qui dis ces mots qui ne sont miens
Toi dont je ne sais strictement rien
Comment te capturer ?
Comment te tournoyer ?
Pourquoi es-tu si loin ? Pourquoi es-tu
si autre ?
Pourquoi suis-je si près, impuissant à
dire « notre » ?
Tchi Mbouani
L'accident
Des milliers de voitures, des centaines de
cars
Longent rapidement d’impassibles passants
Des feux organisés ont l’attention des phares
Mais peinent à lever celle des clignotants
Les mobiles engins rusent les croisements
Et empruntent fort prompts l’entrée des
boulevards
Dans les ruelles floues, sur les larges
trottoirs
Manteaux et bonnets noirs créent des
fourmillements
Les allées sont bondées et dans les hautes
gares
Les gens agglutinées au côté des marchands
Les lumières renvoient la clarté des miroirs
La ponctualité se lit dans les cadrans
Des arrêts hoqueteux succèdent aux départs
Et chacun d’ignorer les maints vrombissements
Les chahuts d’écoliers irritent les vieillards
Pressés de condamner tous les adolescents
Chacun porte un passé dont écume une histoire
Celle qui les conduit à ce moment présent
Les destins indolents, les fragiles hasards
Ont tendu aux errants d’invisibles tournants
Des milliers de piétons, presqu’autant de
chauffards
Et tout soudainement le fatal accident
Tchi Mbouani
