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"La moralité de l'art consiste à utiliser de façon parfaite un moyen imparfait." Sir Henry Wotton dans "Le portrait de Dorian Gray" d'Oscar Wilde

03 août 2007

Passéisme sarkozien

Je viens de lire l'intégralité de l'allocation de Sarkozy prononcée à l'université à Dakar la semaine dernière et disponible via ce lien.
Je vous préviens, il faut s'accrocher fort, se cramponner profond pour ne pas être projeté 40 ans en arrière. J'ose croire que ça doit avoir été une énorme déception pour ces étudiants, alors si avides d'un discours qui se promettait novateur, plein d'espoir, de réalisme et d'ambitions, d'avoir assisté à une série d'enflures périmées, à un spectacle où ne manquaient que le noir et blanc des films des années 60. Ce discours est tellement postcolonialiste, que certains dans l'audience ont dû avoir l'impression d'avoir loupé le rendez-vous, un peu à la façon de l'étudiant qui se présente à un examen, découvre le sujet, et se rend compte qu'il s'est trompé de lieu d'examen, voire de jour. J'imagine leurs mines se décomposer à mesure que le discours s'étend, des façades qui s'effondrent, victimes du vertige des temps, du vertiges de l'anachronisme, surtout quand celui-ci est passéiste.

Allez, soyons honnête et moins lyrique, le discours comporte quelques bons passages. Si tu y enlèves les âneries et insultes qui le parsèment, tu obtiens un discours qui se vaut. Du coup, je me pose la question de savoir comment dans le même discours, on peut retrouver ça : "Je veux donc dire, à la jeunesse d'Afrique, que le drame de l'Afrique ne vient pas de ce que l'âme africaine serait imperméable à la logique et à la raison. Car l'homme africain est aussi logique et raisonnable que l'homme européen.", qui est complètement inapproprié si on se rappelle qu'on est en 2007 et encore plus inapproprié de la part d'un Président de la République, et ça: "Le défi de l'Afrique, [...] C'est de s'approprier les droits de l'homme, la démocratie, la liberté, l'égalité, la justice comme l'héritage commun de toutes les civilisations et de tous les hommes. C'est de s'approprier la science et la technique modernes comme le produit de toute l'intelligence humaine. Le défi de l'Afrique est celui de toutes les civilisations, de toutes les cultures, de tous les peuples qui veulent garder leur identité sans s'enfermer parce qu'ils savent que l'enfermement est mortel." qui selon moi est très bon. Franchement, mais quelle mouche les a encore piqués, Sarkozy et ces rédacteurs de Sciences-Po ? Je ne comprends pas.

Je pense au fond que l'un des "risques" de ce discours, outre ses obscénités, c'est qu'il est tenu par un blanc. C'est dommage à dire, mais c'est une réalité fort péremptoire, l'angle, s'il est blanc ou noir, donnera deux aspects différents de la situation. D'ailleurs, le "Je ne suis pas venu, jeunes d'Afrique, vous donner des leçons." en milieu de discours m'a fait bien rire.
Un rédacteur dans un célèbre quotidien réclamait : "Cessons de vouloir sauver l'Afrique !". Je dis non. Car elle a besoin d'aide. Par contre, cessons de vouloir la sauver de manière indescente, absolument et prioritairement. Allez, je reconnais que j'élude la nuance voulue par le rédacteur, mais de telles imprécations appellent à la vigilence.

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28 juillet 2007

POUM

POUM

Je suis le diable, le diable. Personne n'en doit douter. Il n'y a qu'à me voir d'ailleurs, regarder moi si vous l'osez ! Noir, d'un noir roussi par les feux de la géhenne, les yeux verts poison, veinés de brun, comme les fleurs de la jusquiame. J'ai des cornes de poils blancs qui fusent hors de mes oreilles, et des griffes, des griffes, des griffes, combien de griffes ? Je ne sais pas. Cent mille peut-être. J'ai une queue plantée de travers, maigre, mobile, impérieuse, expressive, pour tout dire diabolique.

Je suis le diable et je vais commencer mes diableries sous la lune montante parmi l'herbe bleue et les roses violacées. Gardez-vous, si je chante trop haut, de mettre le nez à la fenêtre ! Vous pourriez mourir soudain de me voir sur le faîte du toit, assis tout noir au centre de la lune.   

Colette

Ce poême, je l'ai appris quand j'étais en CE2, j'avais alors 7 ans. Je m'en rappelle aujourd'hui comme si c'était hier. C'est étrange ce que la mémoire peut nous réserver parfois. Elle peut être un grenier très rangé par ci, fort désordonné par là. Allez savoir pourquoi.

Apparemment, cela fait 18 ans que je dépoussière et nettoie le même compartiment. En effet, régulièrement je me prends à vérifier que j'ai toujours le poême en tête. Et chaque fois, il trône dans mon grenier, sans une ride, impeccable de longévité. Je me suis donc décidé de faire le maximum pour conserver l'endroit: je vais le polir, le cirer, le rénover, le décorer; ça ne pourra qu'ajouter à son endurance déjà remarquable. Demain, je m'en irai acheter un costume de diable, et je m'amuserai à l'enfiler, je m'entraînerai à réciter le poême avec les gestes les plus démonstratifs, les mimiques les plus grandiloquentes, le ton le plus théâtral.
Puis, une fois prête, je trouverai un public intéressé de visiter les alcôves reculées de mon grenier, curieux d'assister à l'extraction des sédiments profonds de ma mémoire.

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07 juillet 2007

Ten Canoes

Ten_CanoesUn ingrédient que j'aime particulièrement dans les films: l'authenticité. Je suis allée voir il y a deux jours Ten Canoes, une très bonne production australienne racontant le quotidien des aborigènes d'Australie. Ce film est inconstestablement un chantre de l'authenticité dans le cinéma.
Le narrateur séduit d'entrée de jeu avec son accent exotique et son humour sain. Son objectif est de nous raconter une histoire simple, une fable, dont le sujet principal est la relation hommes-femmes, comme il en existe depuis des éternités. Mais le narrateur sait que son histoire va intéresser l'auditeur. Pourquoi? Parce qu'elle est particulière. Son contexte: l'Australie, non pas la moderne Australie très développée et très industrialisée, mais celle des Aborigènes, plus en retrait, moins exposée. Plus différente aussi, je dirais même à l'opposé de nos modes de vie occidentaux.
Personnellement -et c'est sans doute ce qui fait toute l'énigmatique des peuples aborigènes ou des peuples pigmées-, ce film m'a donné l'impression de voir une histoire ancienne, vécue il y a plusieurs siècles. Très régulièrement me fallait-il me rappeler que cette histoire est bel est bien actuelle, elle s'est passée il n'y a pas si longtemps, se passe en ce moment et se passera demain; dans ce même contexte, ce même environnement verdoyant, vierge de toute cimentatisation, de tout bulldozer, mais aussi vierge de toute industrialisation, de toute avancée technologique.
C'est assez fascinant comme, grâce au film, on peut se rendre compte que le progrès social est asymétrique du progrès économique, lui-même asymétrique du progrès technique. L'organisation sociale a existé de tout temps et force est de constater qu'elle est un élément nécessaire à la survie d'une communauté ou d'un peuple. La hiérarchie, si contestable qu'elle puisse être parfois, est néanmoins vitale. Le film nous le démontre d'une manière très simple, très authentique. J'aime beaucoup.

Posté par Tchim à 10:21 - CINEMA - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

05 juillet 2007

Je suis Pourpre Fluo, et alors?

Dans un cours de médecine, le professeur demande à une étudiante:
"Qu'est-ce qui chez l'homme augmente sept fois de volume quand on l'excite?"
La jeune fille est rouge de confusion et ne réussit pas à s'exprimer. Le professeur se rend compte de son trouble.
"Eh bien mademoiselle, reprend-il, c'est l'iris de l'oeil. Et pour ce à quoi vous pensez, permettez-moi de vous mettre en garde. Vous risquez d'aller devant de grosses désillusions."

C'est pareil pour les Noirs. Si on demande à une classe d'élèves infirmières blanches: qu'est-ce qui est long est dur chez les Noirs - notamment les Camerounais - à Paris, nous savons que très peu répondront que ce sont les études. Pourtant, c'est la réponse la plus juste. Et pour ceux à quoi elles penseront, celles qui tenteront l'expérience pourraient être déçues. Il ne faut pas croire ce que l'on entend.

Ces deux paragraphes sont tirés du livre Je suis Noir et je n'aime pas le magnoc écrit par le Camerounais Gaston Kelman, et qui pour moi est un ramassis d'inepties. A vrai dire, les deux paragraphes plus hauts ne sont pas complètement à la lueur du contenu du livre. Ils sont plutôt un échantillon court et soft des petites blagues pas marrantes que l'écrivain s'est inventé et qui parcourent avec beaucoup de mauvais goût le bouquin. Non, les inepties que l'on ramasse dans ce livre sentent le négationisme de l'Afrique, le doute sur son identité, la honte d'être Noir, la reconnaissance en substance de l'existence d'une race supérieure (blanche en l'occurence). En outre, ce bouquin sortit en 2003, donc il n'y a pas si longtemps, ronfle, assome le lecteur d'une fatigue narcoleptique tant le discours s'épanche en clichés aussi nombreux que sommaires sans jamais rien n'apporter de nouveau.

Allez osons, ce bouquin est en fait attardé. Son vrai problème, c'est qu'il se mange la queue comme un imbécile. L'objectif de Kelman est assurément de dénoncer les préjugés et certitudes inconscients qui hantent nos pensées et opinions. Cependant, à les dénoncer aussi machinalement qu'il le fait, l'auteur Camerounais finit par verser lui-même dans ces clichés. En effet, il faut les avoir trop bien fabriqués soi-même pour pouvoir les dénoncer aussi gratuitement. Voyez cet extrait par exemple:
Chaque fois qu'ils [enfants d'origine africaine vivant en France] entendent parler de l'Afrique, c'est toujours d'une manière ou d'une autre, à propos de catastrophes. Ce sont les pandémies, la faim, les guerres, les coups d'Etat. Parfois, ce continent supposé les attirer et leur être cher y est présenté par les parents comme un lieu de punition: "Si tu n'es pas sage, je t'envoie en Afrique." C'est comme si dans mon enfance, je n'avais rien demandé d'autre que d'aller en enfer, ce même enfer dont le prêtre, le catéchiste et mes parents me menaçaient si je mentais.
Excuse-moi Gaston, mais pas la peine de te cacher derrière le fait que tous s'adressent à leurs enfants de la sorte et non seulement toi. Car c'est FAUX ! Et ces parents qui chérissent leur continent d'origine et qui ne manquent pas une opportunité de raconter à leurs enfants sa magnificence, tu les oublies? Ah, ok, en fait pour toi, ça n'existe pas. Tu ne décris là qu'une facette, mon gars. Plusieurs autres que tu n'as sans doute pas voulu voir existent bel et bien. Un autre enfant recevant un tel avertissement de ces parents, en y changeant un peu la forme, comprendra que l'Afrique est, plutôt qu'un lieu de punition, bien au contraire un exemple d'éducation. Donc, franchement, c'est purement une question de point de vue.

Prenons cet autre exemple:
Quand on les amène dans un musée [ces mêmes enfants d'origine africaine], espace culturel par excellence, ils sont tout à fait en droit d'attendre quelque chose de valorisant. Et que leur montre-t-on? Des calebasses rafistolées et des tam-tams crevés qui pourraient faire le bonheur des anthropologues mais nullement celui des gamins de leur âge, de quelque origine qu'ils soient.
Non mais là Gaston, excuse-moi mais tu n'as rien compris. Donc tu veux dire qu'il faut enlever du musée ces antiquités africaines, soi-disant parce qu'elles ne sont pas valorisantes. Crois-moi pour parvenir à faire aimer à un groupe d'élèves de 12 ans quelconque exposition d'objets ou d'outils utilisés dans l'Europe du Moyen-Age, je peux te dire qu'il faut y aller. Au cas où c'est ce que tu pensais, ça n'a absolument rien à voir avec le fait que ces ojets soient d'origine africaine.

Bref, pure construction gratuite de clichés, surproduction de catégorisations enivrantes, dénotant un net complexe d'infériorité. L'obligation de subtilité et de nuance de l'écrivain penseur n'y est pas. Au regard du contenu, pour un bouquin soi-disant best-seller, c'est bien navrant.

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30 juin 2007

Omalicha Nwa

Omalicha Nwa: c'est le petit nom par lequel un pote Nigérian m'appelle. Cela fait un an maintenant, et à sa façon enjouée de prononcer ces deux mots chaque fois que je le rencontre, je suppose qu'ils suggèrent beaucoup d'affection. Je ne sais pas pourquoi, ce n'est qu'aujourd'hui que j'en cherche la signification. La voici en anglais: "Omalicha Nwa in the Igbo language is a "pet name" which may mean the beautiful one or a beautiful child. Beauty in this sense does not only refer to outward beauty but also inner beauty, it is a phrase which may generally be used to adulate someone (usually a woman)." Donc pas seulement la beauté extérieure mais aussi la beauté intérieure. Je m'en vois très flattée en effet.
Merci à cet ami.

Posté par Tchim à 13:41 - Divers chez TCHIM - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

21 mai 2007

Un oeil ouvert sur...

Une phrase m'a interpellée dans le discours prononcé par Nicolas Sarkozy en reconnaissance de son élection au statut de président de la République Française le 6 mai dernier: "Je veux en finir avec la repentance qui est une forme de haine de soi, et la concurrence des mémoires qui nourrit la haine des autres." Une bien jolie phrase avec laquelle je suis assez en accord. J'espère seulement qu'elle ne servait pas à balayer le devoir de mémoire nécessaire afin de ne pas renouveler les erreurs passées. Car dans ce cas, je conseillerais à notre nouveau président de lire ou relire ces quelques extraits :

*Discours sur le colonialisme par Aimé CésaireDiscours_sur_le_colonialisme

"Entre colonisateur et colonisé, il n'y a de place que pour la corvée, l'intimidation, la pression, la police, l'impôt, le vol, le viol, les cultures obligatoires, le mépris, la méfiance, la morgue, la suffisance, la muflerie, des élites décérébrées, des masses avilies.
Aucun contact humain, mais des rapports de domination et de soumission qui transforment l'homme colonisateur en pion, en adjudant, en garde-chiourme, en chicote et l'homme indigène en instrument de production.
A mon tour de poser une équation : colonisation = chosification.
J'entends la tempête. On me parle de progrès, de "réalisations", de maladies guéries, de niveaux de vie élevés au-dessus d'eux-mêmes.
Moi, je parle de sociétés vidées d'elles-mêmes, de cultures piétinées, d'institutions minées, de terres confisquées, de religions assassinées, de magnificences artistiques anéanties, d'extraordinaires possibilités supprimées.
On me lance à la tête des faits, des statistiques, des kilométrages de routes, de canaux, de chemins de fer.
Moi, je parle de milliers d'hommes sacrifiés au Congo-Océan. Je parle de ceux qui, à l'heure où j'écris sont entrain de creuser à la main le port d'Abidjan. Je parle de millions d'hommes arrachés à leurs dieux, à leur terre, à leurs habitudes, à leur vie, à la danse, à la sagesse.
Je parle de millions d'hommes à qui on a inculqués savamment la peur, le complexe d'infériorité, le tremblement, l'agenouillement, le désespoir, le larbinisme.
On m'en donne plein la vue de tonnage de coton ou de cacao exporté, d'hectares d'oliviers ou de vignes plantés.
Moi, je parle d'économies naturelles, d'économies harmonieuses et viables, d'économies à la mesure de l'homme indigène désorganisées, de cultures vivrières détruites, de sous-alimentation installée, de développement agricole orienté selon le seul bénéfice des métropoles, de rafles de produits, de rafles de matières premières.
On se targue d'abus supprimés.
Moi aussi, je parle d'abus, mais pour dire qu'aux anciens - très réels - on en a superposés d'autres - très détestables. On me parle de tyrans locaux mis à la raison; mais je constate qu'en général il font très bon ménage avec les nouveaux et que, de ceux-ci aux anciens et vice-versa, il s'est établi, au détriment des peuples, un circuit de bons services et de complicité.
On me parle de civilisation, je parle de prolétarisation et de mystification."

"L'entreprise coloniale est, au monde moderne, ce que l'impérialisme romain fut au monde antique: préparateur du Désastre et fourrier de la Catastrophe."

Une citation de Descartes reprise par Césaire dans son discours, et qui vaut la peine d'être méditée : "La raison... est tout entière en chacun [...] il n'y a du plus ou du moins qu'entre les accidents et non point entre les formes ou natures des individus d'une même espèce."

* Discours sur la Négritude par Aimé Césaire

"La Négritude, à mes yeux, n'est pas une philosophie.
La Négritude n'est pas une prétentieuse conception de l'univers.
C'est une manière de vivre l'histoire dans l'histoire: l'histoire d'une communauté dont l'expérience apparaît, à vrai dire singulière avec ses déportations de populations, ses transferts d'hommes d'un continent à l'autre, les souvenirs de croyances lointaines, ses débris de cultures assassinées.
Comment ne pas croire que tout cela qui a sa cohérence constitue un patrimoine?
En faut-il davantage pour fonder une identité?

[...]

C'est dire que la Négritude au premier degré peut se définir d'abord comme une prise de conscience de la différence, comme mémoire, comme fidélité et comme solidarité.
Mais la Négritude n'est pas seulement passive. Elle n'est pas de l'ordre du pâtir et du subir.
Ce n'est ni un pathétisme ni un dolorisme.
La Négritude résulte d'une attitude active et offensive de l'esprit.
Elle est sursaut et sursaut de dignité.
Elle est refus, je veux dire refus de l'oppression.
Elle est combat, c'est à dire combat contre l'inégalité.
[...]
Autrement dit, la Négritude a été une révolte contre ce que j'appellerai le réductionisme européen.
Je veux parler de ce système de pensée ou plutôt de l'instinctive tendance d'une civilisation éminente et prestigieuse à abuser de son prestige même pour faire le vide autour d'elle en ramenant abusivement la notion d'universel, chère à Léopold Sédar Senghor, à ses propres dimensions, autrement dit, à penser l'universel à partir de ses seuls postulats et à travers ses catégories propres. On voit et on n'a que trop vu les conséquences que cela entraîne: couper l'homme de lui-même, couper l'homme de ses racines, couper l'homme de l'univers, couper l'homme de l'humain, et l'isoler, en définitive, dans un orgueil suicidaire sinon dans une forme rationnelle et scientifique de la barbarie.

[...]

Mais, me dira-t-on, que devient dans tout cela la fameuse notion d'ethnicity que vous avez mise en bonne place dans l'exposé des motifs de ce congrès et sur laquelle vous nous appeler à méditer ?
Je dirais, pour ma part, que je la remplacerais volontiers par un autre mot qui lui est à peu près synonyme, mais dépouillé des connotations forcément désagréables parce qu'équivoques que le mot ethnicity entretient.
Je dirais donc non pas d'ethnicity, mais identity (identité), et qui désigne bien ce qu'il désigne: ce qui est fondamental, ce sur quoi tout le reste s'édifie et peut s'édifier : le noyau dur et irréductible; ce qui donne à un homme, à une culture, à une civilisation, sa tournure propre, son style et son irréductibe singularité.
[...]
Nous avons bataillé durement, Senghor et moi, contre la déculturation et l'acculturation. Eh bien, je dis que tourner le dos à l'identité, c'est nous y ramener et c'est se livrer sans défense à un mot qui a encore sa valeur; c'est se livrer à l'aliénation.
[...]
En fait, le moment actuel est pour nous fort sévère car, à chacun d'entre nous, une question est posée personnellement: ou bien se débarrasser du passé comme d'un fardeau encombrant et déplaisant qui ne fait qu'entraver notre évolution, ou bien l'assumer virilement, en faire un point d'appui pour continuer notre marche en avant.
Il faut opter.
Il faut choisir.
[...]
Pour nous, le choix est fait.
Nous sommes de ceux qui refusent d'oublier.
Nous sommes de ceux qui refusent l'amnésie même comme méthode.
Il ne s'agit ni d'intégrisme, ni de fondamentalisme, encore moins de puéril nombrilisme. Nous sommes tout simplement du parti de la dignité et du parti de la fidélité. Je dirais donc : provignement, oui ; dessouchement, non."

Posté par Tchim à 20:11 - BLACKAHOLIC - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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