Je viens de lire l'intégralité de l'allocation de Sarkozy prononcée à l'université à Dakar la semaine dernière et disponible via ce lien.
Je vous préviens, il faut s'accrocher fort, se cramponner profond pour ne pas être projeté 40 ans en arrière. J'ose croire que ça doit avoir été une énorme déception pour ces étudiants, alors si avides d'un discours qui se promettait novateur, plein d'espoir, de réalisme et d'ambitions, d'avoir assisté à une série d'enflures périmées, à un spectacle où ne manquaient que le noir et blanc des films des années 60. Ce discours est tellement postcolonialiste, que certains dans l'audience ont dû avoir l'impression d'avoir loupé le rendez-vous, un peu à la façon de l'étudiant qui se présente à un examen, découvre le sujet, et se rend compte qu'il s'est trompé de lieu d'examen, voire de jour. J'imagine leurs mines se décomposer à mesure que le discours s'étend, des façades qui s'effondrent, victimes du vertige des temps, du vertiges de l'anachronisme, surtout quand celui-ci est passéiste.

Allez, soyons honnête et moins lyrique, le discours comporte quelques bons passages. Si tu y enlèves les âneries et insultes qui le parsèment, tu obtiens un discours qui se vaut. Du coup, je me pose la question de savoir comment dans le même discours, on peut retrouver ça : "Je veux donc dire, à la jeunesse d'Afrique, que le drame de l'Afrique ne vient pas de ce que l'âme africaine serait imperméable à la logique et à la raison. Car l'homme africain est aussi logique et raisonnable que l'homme européen.", qui est complètement inapproprié si on se rappelle qu'on est en 2007 et encore plus inapproprié de la part d'un Président de la République, et ça: "Le défi de l'Afrique, [...] C'est de s'approprier les droits de l'homme, la démocratie, la liberté, l'égalité, la justice comme l'héritage commun de toutes les civilisations et de tous les hommes. C'est de s'approprier la science et la technique modernes comme le produit de toute l'intelligence humaine. Le défi de l'Afrique est celui de toutes les civilisations, de toutes les cultures, de tous les peuples qui veulent garder leur identité sans s'enfermer parce qu'ils savent que l'enfermement est mortel." qui selon moi est très bon. Franchement, mais quelle mouche les a encore piqués, Sarkozy et ces rédacteurs de Sciences-Po ? Je ne comprends pas.

Je pense au fond que l'un des "risques" de ce discours, outre ses obscénités, c'est qu'il est tenu par un blanc. C'est dommage à dire, mais c'est une réalité fort péremptoire, l'angle, s'il est blanc ou noir, donnera deux aspects différents de la situation. D'ailleurs, le "Je ne suis pas venu, jeunes d'Afrique, vous donner des leçons." en milieu de discours m'a fait bien rire.
Un rédacteur dans un célèbre quotidien réclamait : "Cessons de vouloir sauver l'Afrique !". Je dis non. Car elle a besoin d'aide. Par contre, cessons de vouloir la sauver de manière indescente, absolument et prioritairement. Allez, je reconnais que j'élude la nuance voulue par le rédacteur, mais de telles imprécations appellent à la vigilence.