Il y a quelques mois, j'assistais à une conférence lors de laquelle je fis la connaissance de ce cadre très bavard qui venait de monter sa propre boîte. Son business consistait en gros à mettre en relation des gens par l'intermédiaire de sa plateforme internet. Il m'avait tendue sa carte m'expliquant qu'il fallait que je me rende sur son site pour m'inscrire, cela me permettrait de parler à des gens, de faire du networking. Pour lui, le networking était l'avenir, il était nécessaire de se mettre en relation avec des gens. A sa façon de me présenter la chose, j'étais fort perplexe et pour ne rien vous cacher, je trouvais sa démarche vile et son marketing incompétent si bien que la seule rencontre avec cet homme m'avait amené à détester le concept de networking. Dans sa tirade ne manquait plus que le slogan "le networking pour le networking" et c'en était cuit pour de bon.

Pourtant, et heureusement, c'est à une remarquable session sur le networking que j'ai assisté hier lors d'un petit meeting organisé par mon association. Cela ne fait pas longtemps que je suis membre de celle-ci, et bizarrement, avant le rendez-vous d'hier, je ne m'étais pas rendue compte qu'elle accordait une telle importance au networking.
Cet anglicisme que je ne trouve décidément pas très sexy, nous avons tenté de le questionner, de le définir et de le retourner dans tous les sens, afin que tous puissent ressortir avec une idée mûre de sa définition et que chacun puisse également en forger son idée personnelle, relative à ses besoins.

Pour donner une définition simple du networking, et en copiant sur un dictionnaire, je dirais qu'il est le fait de se constituer un réseau de relation, et de savoir en tirer partie notamment dans un but professionnel. Bien souvent, avant la rencontre d'hier, l'idée de networking m'a mise mal à l'aise dans le sens où j'ai toujours pensé que la démarche ne peut pas être désintéressée; et aux premiers abords la définition que je viens de donner confirme mon soupçon quant au caractère intéressé et que je qualifie même d'opportuniste de la démarche du networking. En effet, cela m'agace de penser que des gens font la rencontre d'autres personnes dans le but de tirer un avantage personnel avant même que de simplement jouir et profiter de la présence d'éventuels amis.

Pourtant les animateurs de la réunion d'hier ont bien voulu donner au concept une autre dimension, celle de l'échange. Pour les membres, sans trop s'attacher à l'aspect intéressé, il faut plutôt considérer le rapport donnant donnant que comporte la notion de networking. En faisant partie d'un réseau et en construisant ce que les membres aimaient appeler sa toile, le networker X peut apporter à une connaissance Y un certain nombre d'opportunités qui n'auraient pas existé sans le tissage de ce lien. De la même manière, le networker Y peut plus tard rétribuer cette opportunité en en apportant une autre, bénéfique pour le networker X.
Le "plus tard" que j'ai énoncé ici n'est pas anodin, car en effet il est primordial que le networker soit conscient que les bénéfices supposés du networking ne répondent à aucune contrainte de temps. Ces bénéfices sont des opportunités avec tout ce qu'elles comportent de chance et de hasard. Il est donc inutile et propice au fourvoiement que d'escompter d'une démarche de networking un quelconque bénéfice immédiat.

Néanmoins, tout cela ne m'enlève pas l'idée que le networking reste un marketing de sa personne au sein d'un groupe. Tu te présentes, prends soin que les personnes se souviennent de toi grâce à des mots clefs soigneusement choisis et que tu accentues à l'envi (un peu comme ces gros stickers sur les panneaux publicitaires), afin que ces mots clefs, s'ils sont prononcés dans un autre cadre, fassent directement écho dans la mémoire de tes networkers qui feront ainsi le lien avec toi. Décidément, je trouve toute cela d'un manque d'éthique grossier. Il parait, d'ailleurs, que c'est pour cela que le concept n'est pas réputé en France comme il l'est en Angleterre ou aux Etats-Unis. Du coup, à ceux qui me présentent le networking pour le seul amour du networking, je les considère assez hypocrites dans la mesure où j'estime que le networking ne peut être qu'un moyen et non une fin. Pour être en phase avec la notion, je pense sincèrement qu'il faut aller jusqu'au bout de celle-ci et ne pas craindre de la considérer intéressée. Une petite dose de scrupule en moins et le tour est quasiment joué.

Et oui, quasiment, car néanmoins pour que le networking fonctionne, il lui faut un réseau viable capable de générer ces connexions qui le rendront profitable. Or, je me suis rendue compte que le réseau pour être viable avait besoin d'un dénominateur commun permettant aux networkers du groupe de se reconnaître comme membres du même réseau et permettant également de susciter un niveau d'émulation critique chez un nombre critique de membres. Pour donner un exemple, dans une rencontre organisée d'amateurs de cinéma, la connexion entre un simple amateur de cinéma et un metteur en scène de films à succès sera sans doute plus faillible que la connexion entre deux metteurs en scène. Le lien de soudure du réseau a donc intérêt à être solide afin que le réseau s'entretienne.

Enfin, une autre chose que j'ai apprise lors de cette réunion, c'est que selon certaines expériences, je n'ai en moyenne que six degrés de connaissances qui me séparent de n'importe quelle autre personne sur cette planète. Autrement dit, si je suis A, pour connaître autrui s'appelant G, il me suffit en moyenne de connaître B, qui lui-même connaîtra C, qui lui-même connaîtra D, qui lui-même connaîtra E, qui lui-même connaîtra F, qui lui-même connaîtra G. C'est ce qu'on appelle la théorie des six degrés de séparation, elle même très fortement liée, à ce sentiment que l'on a parfois que le monde est petit. Il me semble d'ailleurs qu'il y a des théories qui tendent à démontrer qu'avec le développement des outils internet ces six degrés de séparation sont réduits. C'est en outre ce genre de phénomène qui fait le bonheur des créateurs et diffuseurs de virus internet. 

Bref, cette session de "déshabillage" de la notion de networking fut très intéressante et riche en enseignements.